20
juin
Cologne Commons et la free music
Publié par dans Evènement, Marketing | 7 commentaires
Située au delà de la zone hyper-moderne du parc des expositions de Cologne, la « Kunstfabrik » où se sont déroulées les 2 journées de Cologne Commons nous fait pénétrer dans un monde underground dont témoignent les photos jointes à cet article
Mais « peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse » ! Je n’irai pas jusqu’à dire que ces 2 journées m’ont enivrée mais elles ont tenu leurs promesses : des sujets d’importance ont été abordés et présentés par des professionnels qui nous ont fait toucher du doigts quelques uns des aspects de la musique » libre » sur le web.
Méthodologie :
je n’ai pas eu les slides que chacun des intervenants a gardé par devers lui. J’ai donc pris des notes, moitié en allemand moitié en français.Je vais donc faire appel à ces notes, mes souvenirs et bien entendu mes capacités de compréhension de la langue allemande et  de traduction, ceci en espérant que je ne fais pas de contre-sens ! Comme les intervenants ne comprennent pas le français, je ne peux leur demander de corriger ! Les textes qui suivent reposent donc sur mes capacités linguistiques, à savoir que c’est quand même la première fois que j’assiste à 2 journées de conférences sur des sujets que je maitrise mal et pour lesquels les concepts me sont également étrangers. Le hasard ayant bien fait les choses, mes derniers cours en MBA MCI avaient abordé les aspects juridiques du web, ce qui m’a permis de ne pas être trop perdue et ignarde lorsque le droit d’auteur et les problèmes de droits avec la Gema ( la Sacem allemande) ont été évoqués.
Nous avons eu deux après-midi de conférences, se terminant assez tard ( 20h environ) suivies de concerts auxquels je ne suis pas allée : le premier car j’étais trop fatiguée, j’avais dû me lever fort tôt pour prendre mon train au petit matin. Et j’ai préféré rester avec l’équipe de DaCapo, du moins ceux qui n’avaient pas à partir trop tôt pour le second.
La première journée était consacrée essentiellement au droit :
( je pars ici du principe que ce qui est valable pour la Gema l’est aussi pour la Sacem, ce qui reste à vérifier mais ne doit pas être loin de la vérité)
- histoire du droit d’auteur présentée par Florian Kuhlman
Florian est remonté au droit romain, qui a institué le droit de propriété. J’ai trouvé interessante son approche historique qui nous a démontré que le sens du mot » propriété » voire » droit de propriété » a fortement évolué aux cours des siècles. Si au Moyen Age il avait été supplanté par un droit communautaire, il est revenu en force à la Renaissance et s’est imposé depuis. Les artistes néanmoins ont dû se battre pour le faire reconnaitre pour leurs oeuvres qui étaient régulièrement pillées ou exploitées (financièrement) par des concurrents ou des éditeurs. ( cette dernière phrase est de mon crû, il est domage que ce point n’ait pas été précisé lors de la conférence)
- présentation du concept « Creative Commons » par Nicole Ebber
Je ne vais pas vous faire un cours l’origine du principe ni sur les différentes variantes : vous trouverez tous les détails sur le site. Je rappellerai seulement que ces licences ont été crées surtout pour les logiciels » libres » et non pour l’exploitation d’oeuvres d’art. L’utilisation qui en est faite n’est donc peut être pas appropriée… une discussion qui aurait pu être lancée à ce sujet dans la journée, mais qui n’a pas eu lieu.
- les licences « Creative Commons » et leur utilité pour les artistes
Marc Wallory, créateur du label devenu Agence » Renommee.net » a fortement insisté sur les problèmes présentés par les Creative Commons pour les artistes. Pour résumer rapidement, on peut dire que pour se lancer proposer des morceaux sous license Creative Commons peut être très utile. Par contre, à partir du moment où on commence à être célèbre et à vouloir monnayer ses créations il devient nécessaire de passer par une société de droits ( Gema en Allemagne pour la musique, Sacem en France) dont les modes de fonctionnement sont en totale contraction avec les Creatives Commons.
- le danger des licences » Creative Commons » pour les Netlabels, pour les artistes en général.
Volker Tripp, juriste, a longuement détaillé les risques juridiques pris par les entreprises de Netlabels. J’ai retenu qu’il faut absolument signer des contrats » papier » ( et pas électroniques) où les artistes précisent quels sont leurs liens avec les sociétés de droits. Le problème du mixage de morceaux créé par d’autres a également été abordé : tout morceau remixé et dont on reconnait un passage peut être redevable du paiement de droits à la Gema/Sacem.
- mobiles et jeux : débouchés pour les musiciens
Trois spécialistes nous ont parlé des nouvelles opportunités qui s’offrent aux musiciens. L’industrie du jeu utilise beaucoup de musique et Tom Putzki a expliqué les relations entre les éditeurs et les artistes.
Frank Barknecht développe une application très originale pour l’iphone : les utilisateurs peuvent capter toutes sortes de sons, les mixer pour en faire des « musiques » qui sont envoyées à la plate-forme communautaire de http://www.rjdj.me/
La seconde jouréne était consacrée au webmarketing
Les différents moyens de diffusions sur le web et les différents leviers que nous connaissons tous ont été présentés à l’assemblée. Les artistes présents ont ainsi pu découvrir les possibilités du web actuel.
Deux expériences actuellement en cours ont été prises en exemple : un netlabel, petite entreprise gérée par un étudiant et l’aventure 2.0 de l’orchestre de Duisbourg.
- aaahh-records est donc un Netlabel créé par un étudiant. Peu de prodution : 4 seulement, pour une équipe de 6 personnes, dissiminées sur le territoire allemand et qui se sont partagées le soin de chercher de nouveaux talents sur la planète. Une équipe qui semble bien sympathique car proche des artistes qui, comme le souligne …., deviennent souvent des amis. Les morceaux sont mis à disposition sur le web en licence CC et peuvent donc être repris et modifiés. Lorsque, comme ce fut le cas, les morceaux sont repris et mixés par des artistes plus connus la notoriété du label et de ses artistes s’en trouve confortée. Il n’empêche qu’ils sont tous bénévoles et travaillent pas passion et » pour la gloire ».
- L’histoire que nous raconte Frank Tentler est d’un tout autre genre. Il est lui même un professionnel de haut niveau, ayant travaillé pour de grandes marques telles que Nokia. Son client est un orchestre symphonique, on ne peut plus professionnel, installé dans le métier et, bien entendu, composé de l’ensemble des musiciens et du staff administratif. La gageure a été d’amener tous ces gens sur le web, de les acclimater à l’environnement, tout en n’utilisant que des outils gratuits : cms en open source, flickr, facebook, twitter… Le point d’ancrage étant évidemment le blog de l’orchestre : Dacapo
Le » credo » de Frank est qu’un orchestre produit un contenu extrêment riche en permanence, il faut donc l’exploiter et le faire passer sur le web. Mais il se heurte non pas à un refus des membres de l’orchestre de participer mais à des contraintes liées au métier et à l’activité. Néanmoins, lorsqu’on mesure le travail accompli depuis septembre dernier on ne peut que lui dire » chapeau bas, monsieur Tentler ! «
Je dois dire qu’à partir du moment où sa présentation a été terminée j’ai un peu décroché… nous avons eu une autre intervention sur le web et son futur, qui semble avoir été fort intéressante, j’ai peut être raté quelque-chose mais nous en parlons à mes cours de MBA et je suis assez proche de toutes les actualités et des prospectives liées au web pour oser penser que j’avais bien droit à une petite pause !
Les conférences se sont terminées sur une discussion éminemment philosophique : le rapport des artistes à l’argent. Si on exclu l’aspect purement matériel lié à la survie de l’être humain qu’est aussi l’artiste et si on ne considère que la nécessité intérieur qui le pousse à créer, on peut considérer que ces créations n’ont pas à être rétribuer : elles sont pour l’artiste l’expression de son moi intérieur et n’ont aucun lien avec le monde matériel. C’est bien mignon ça, mais il faut quand même se nourrir ! Et ce n’est pas non plus vraiment nouveau : Haydn se plaignait de voir sa musique considérée comme un simple divertissement ou fond musical par les invités de son prince et d’être corvéable à merci. Van Gogh ne roulait pas sur vraiment sur l’or et il n’a pas été le seul !!! La discussion aurait peut durer jusqu’au bout de la nuit
L’organisation de ces deux journées était remarquable : il nous a juste manqué la connexion internet.. mais ce n’était pas pire qu’au Web08 en décembre dernier ! Le public manquait aussi… il y a eu peu de monde, mais pour une première fois il ne fallait peut être pas attendre la foule. Le temps de se faire connaitre et reconnaitre et l’évènement prendra sans doute de l’ampleur. Il faudrait cependant qu’il s’internationalise, ce qui ne va pas être évident puisque tout est en allemand. Il va falloir passer à l’anglais messieurs…
J’aurai retenu au moins trois choses très importantes de ces conférences :
- les artistes ont des objections quant à leur implication dans le web : il leur manque quelques connaissances techniques mais surtout du temps. Nous savons tous que le web collaboratif demande une implication et que la création d’une communauté requiert de la présence… or les artistes n’ont pas la faculté de dégager du temps pour se consacrer à cette occupation du fait de leur activité artistique qui demande elle aussi une grande implication et beaucoup de concentration
- les licences » Creative Commons » ne semblent pas être LA solution … j’attends avec impatience la sortie du livre de Chris Anderson  » Free: The Future of a Radical Price » , que j’ai commandé par avance sur Amazon, pour voir ce qu’il peut bien avoir à dire à ce sujet. Et en attendant, je vous conseille fortement la lecture de Music 2.0 de Gerd Leonhard, qui nous parle plus des « flat rates » que de la musique gratuite…
- les licences » Creative Commons » peuvent être dangereuses : tout morceau mis à disposition sous licence CC l’est définitivement : il faut donc bien réfléchir au contrat sous lequel on le propose et penser qu’on ne pourra jamais revenir dessus.
Merci à Mo qui a animé les conférence avec une bonne humeur permanente et à toute l’équipe de Cologne Commons pour ces 2 journées fort intéressantes
Galerie « Flick » de la Philharmonie de Duisburg concernant Cologne Commons ( c’est bizarre : je suis sur une photo ! )
Frank est le monsieur au chapeau, facilement identifiable
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Tags: artistes, creative commons, droit, free music, Gema, licence, netlabel, Sacem
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juin 23rd, 2009 at 14:06
[...] Cologne Commons et la free music (tags: creativecommons) [...]
juin 24th, 2009 at 15:01
et l’eau dans tout ça ?
juin 28th, 2009 at 18:14
[...] Dievochka (Französisch) [...]
juin 28th, 2009 at 18:21
4711… je t’en ai apporté une bouteille ( petite petite… vu le prix
)
juin 29th, 2009 at 14:16
Article intéressan, notamment sur le fonctionnement des licences. Beau travail
octobre 6th, 2009 at 11:16
Un bel article en profondeur, sujet traité avec sérieux qui ne peut que passionner les lecteurs dont je fais nouvellement partis
merci
août 20th, 2010 at 9:03
Merci beaucoup pour cet article sur la musique libre. J’ai bien aimé la partie consacrée au webmarketing.